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Alain Lamarre et les mécanismes fondamentaux de la réponse immunitaire aux virus

Anticorps d'élite pour remporter la bataille contre l'hépatite C
13 novembre 2012 // par François-Nicolas Pelletier

La saison des vaccins bat son plein : chaque novembre, des centaines de milliers de Québécois tentent d’éviter la grippe en échange d’une piqûre. Ceux qui s’envolent vers le Sud s’immunisent contre les hépatites A et B. Mais tous les pathogènes ne se laissent pas neutraliser si facilement : grâce à des stratégies élaborées, les virus de l’hépatite C et du sida échappent au système immunitaire et aux vaccins. Alain Lamarre, du Centre INRS–Institut Armand-Frappier, est sur la ligne de front. Son ennemi? L’hépatite C. Une des clés de la victoire pourrait se trouver dans le supersystème immunitaire de certaines personnes infectées qui repoussent naturellement l’envahisseur, alors que la plupart deviennent des malades chroniques sans horizon de guérison.

Un envahisseur sournois
« Certains virus, comme celui de la rage, peuvent causer des infections graves, mais le système immunitaire les reconnaît et les attaque immédiatement, explique le professeur. Si vous résistez, le virus est complètement éliminé et vous êtes immunisé à vie. Mais d’autres infections réussissent à s’incruster dans l’organisme de manière permanente. »

L’hépatite C est de celles-là. La maladie se transmet par contacts sanguins : les utilisateurs de drogues intraveineuses sont particulièrement à risque. Dans 80 % des cas, le virus s’infiltre sans être détecté par l’organisme. Il s’installe sournoisement et les symptômes de la maladie peuvent apparaître 10, voire 20 ans après l’infection. Non traitée, l’hépatite C cause la cirrhose, le cancer du foie et d’autres problèmes de santé graves.

« Ce qui m’intéresse, c’est le 20 % de gens qui réussissent à se débarrasser spontanément du virus : qu'est-ce que leur système immunitaire a de spécial? », se demande l’immunologue. Son hypothèse : ils possèdent un plus grand répertoire d’anticorps.

« Chez la souris, avec un virus similaire à celui de l’hépatite C, nous avons démontré que les individus ayant un répertoire d’anticorps naturels plus grand développent une meilleure réponse immunitaire, empêchant ainsi l’infection de se propager secrètement, souligne Alain Lamarre. Nous commençons des tests similaires chez les humains pour confirmer ces résultats. » Une fois ces mécanismes démontrés chez l’homme, on pourrait développer des vaccins qui pallieraient les lacunes immunitaires de la majorité des individus.
Dénombrement cellulaire par coloration au bleu de trypanAlain Lamarre dans la salle de culture cellulaire
Des éclaireurs essentiels
Les anticorps ont une double fonction. La première – la plus connue – est de neutraliser les pathogènes, comme les virus et les bactéries. Mais ils agissent aussi comme éclaireurs pour détecter les ennemis. Lorsqu’un anticorps reconnaît un agent infectieux, il se colle à sa surface, sur des parties appelées « antigènes ». Une fois débusqué par l’anticorps, qui devient une forme de drapeau, l’agent hostile peut être repéré par les « cellules présentatrices d’antigènes ». Ces cellules avalent les pathogènes, mais elles en conservent des fragments qu'elles vont présenter à leur surface (d’où leur nom).


Elles se rendent alors dans les « casernes » de l’armée immunitaire, comme la rate ou les ganglions lymphatiques. C’est là que sont stationnés les principaux soldats de notre système de défense naturelle : les cellules T (« tueuses ») et les lymphocytes B. Les cellules présentatrices d’antigènes éduquent alors les soldats en leur disant : « Une fois déployés sur le terrain, cherchez les antigènes que vous voyez à ma surface et détruisez les microorganismes qui les portent. »

Une lutte sur plusieurs fronts
Pour la plupart des gens, le virus de l’hépatite C est détecté trop tard. En outre, ce redoutable pathogène possède une autre ligne d’attaque : comme dans la plupart des infections virales persistantes, il peut semer la confusion dans l’organisme. Car une fois repéré, il change complètement de stratégie, passant de la discrétion au tintamarre! Il possède en effet le pouvoir de surstimuler le système immunitaire, de sorte que ce dernier se met à produire toutes sortes d’anticorps de façon désordonnée. « Le système est incapable de monter une contre-attaque ciblée », affirme le chercheur. Avec son équipe, il pense toutefois avoir mis le doigt sur le mécanisme utilisé par les virus persistants pour tromper notre système de cette façon, mécanisme sur lequel il reste discret en raison du potentiel pharmacologique de la découverte.

Faire front commun
Alain Lamarre a réalisé son stage postdoctoral avec le chercheur suisse Rolf Zinkernagel, prix Nobel de médecine en 1996, et collabore avec d’autres chercheurs pour faire progresser la recherche sur les mécanismes fondamentaux de la réponse immunitaire aux virus. Par exemple, en Suisse, il a fait la rencontre d'un autre chercheur québécois, Denis Leclerc, aujourd’hui au Centre de recherche en infectiologie de l’Université Laval. Ensemble, ils développent une plateforme vaccinale à base d’un virus qui attaque... les papayes! Parfaitement inoffensif pour les humains, ce virus génère toutefois une vive réponse immunitaire : on pourrait donc lui adjoindre des fragments de pathogènes dangereux pour l’humain et créer des vaccins contre toutes sortes d’infections.

Autre projet de recherche, cette fois avec la collaboration de Laurent Poliquin, de l’UQAM. L’objectif est de comprendre les mécanismes qui peuvent rendre les virus des alliés précieux. Certains d’entre eux s’attaquent en effet aux cellules cancéreuses : c’est ce qui explique quelques cas d’individus ayant connu des rémissions spontanées de cancers qui paraissaient incurables. Contrôler ces mécanismes offrirait un grand potentiel thérapeutique contre ce mal qui touche tant de gens.
Alain Lamarre devant le cytomètre en flux multiparamétriqueDénombrement cellulaire par coloration au bleu de trypan
À travers tous ces travaux, Alain Lamarre trouve le temps de participer à l’organisation du congrès triennal de l’International Union of Microbiological Societies, qui se tiendra à Montréal en 2014 : « Ce sera un gros évènement, se réjouit-il. Nous attendons 5000 à 6000 personnes ! »

En attendant, il poursuit ses travaux sur l’hépatite C afin de confirmer chez l’humain les résultats obtenus sur la souris. Grâce à une collaboration avec l’Hôpital Saint-Luc, au centre-ville de Montréal, il pourra continuer ses recherches à partir du sérum de toxicomanes suivis par l’hôpital. Car malgré tous les efforts de prévention, les utilisateurs de drogues intraveineuses s’infectent presque toujours à l’hépatite C. C’est peut-être une mince consolation, mais ils pourront désormais aider l’avancement de la recherche : « Les informations que nous allons obtenir sont très précieuses et très rares, explique le chercheur, et nous sommes confiants de confirmer nos résultats préliminaires. » ♦

 


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Contrat Creative Commons« Alain Lamarre et les mécanismes fondamentaux de la réponse immunitaire aux virus : Anticorps d'élite pour remporter la bataille contre l’hépatite C » de l'Institut national de la recherche scientifique (INRS) est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité - Pas d’Utilisation Commerciale - Pas de Modification 2.5 Canada. Les autorisations au-delà du champ de cette licence peuvent être obtenues en contactant la rédaction en chef. © Institut national de la recherche scientifique, 2012 / Tous droits réservés / Photos © Christian Fleury

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