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De jeunes Inuits collaborent au suivi des changements climatiques grâce au projet Avativut

Classe verte dans le nord du Québec
16 octobre 2012 // par Christiane Dupont

Les glaces de la banquise arctique n’ont jamais été si minces que pendant l’été 2012. Ce record historique est perçu par la communauté scientifique comme une sirène d’alarme. Si la calotte glaciaire disparaît totalement pendant la saison estivale d’ici quelques décennies, quelles seront les conséquences sur l’environnement et le quotidien des peuples nordiques? Les chercheurs se bousculent littéralement aux portes du Nord pour étudier les impacts de ces bouleversements précipités sur les écosystèmes et les communautés autochtones. Mais pour réaliser ce type de recherche, il faut s’assurer d’un suivi à long terme et d’un intérêt soutenu pour la cause environnementale chez les habitants des communautés nordiques. Comment instaurer une continuité entre les projets scientifiques dont la durée est de seulement trois ans en moyenne? La professeure Monique Bernier et le professionnel de recherche Yves Gauthier, du Centre Eau Terre Environnement de l’INRS, détiennent peut-être la solution : impliquer les jeunes Inuits du secondaire dans la cueillette de véritables données de recherche.

 

Depuis septembre, les écoles secondaires des 14 villages du Nord-du-Québec ont intégré à leur programme éducatif le projet Avativut (Notre environnement, en inuktitut). En collectant des données en continu, les élèves constituent une sorte de « mémoire instantanée » des changements environnementaux. Comme l'indique Yves Gauthier, « pourquoi attendre seulement dans 30 ans pour demander aux Aînés ce qu’ils ont vu au fil des années? Autant prendre des notes tout de suite, car lorsqu’un projet d'études dans le Nord se termine, les prises de données cessent, alors que pour faire un suivi adéquat des changements climatiques, il faut une longue continuité de données. » Sans oublier que « les changements climatiques ne durent malheureusement pas trois ans », philosophe Monique Bernier.

 

Sortir des classes pour aller sur le terrain

L'Arctique n'est pas la porte d'à côté. « Les projets dans le Nord coûtent très cher et il n'est souvent pas possible d'y retourner régulièrement », explique Yves Gauthier. Dans le cadre du projet Avativut : La science au Nunavik, un apprentissage des élèves du secondaire en lien avec leur territoire, les jeunes Inuits prennent la relève des scientifiques. « Ils sont nos yeux et nos mains, nos observateurs du Nord à distance et en temps réel », enchaîne le professionnel de recherche, qui collabore avec Monique Bernier depuis 20 ans.

 

Ainsi, les jeunes Inuits des 14 villages du Nord-du-Québec en apprendront davantage sur le suivi du couvert de glace, un volet d'Avativut élaboré principalement par Yves Gauthier et Monique Bernier. Les caractéristiques de la glace (type, forme, épaisseur, salinité, densité) seront à l’étude de même que l’observation des périodes d'englacement et de fonte de la banquise sur un site expérimental dans chaque communauté. Or, comment s’assurer que les jeunes regardent tous exactement au même endroit, année après année, pour évaluer la quantité de glace sur l’eau? L’équipe de Monique Bernier a fait preuve d’ingéniosité en fabriquant une station d’observation fixe en plexiglas, aux allures de boîte aux lettres. Ces « œillères » faites sur mesure assurent que tous les élèves aient le même champ de vision.

Station d'observation des glaces du projet AvativutYves Gauthier et Monique Bernier du Centre Eau Terre Environnement

Fait à noter, un site web interactif, hébergé au Centre d’études nordiques (CEN), est au cœur du projet. Les élèves y enregistrent leurs données, qui sont ensuite compilées et rendues accessibles, tant pour les scientifiques que pour le public. Cette « mémoire environnementale instantanée », d’une relative exactitude, se bonifie presque en temps réel. De plus, des entrevues avec leurs familles respectives, témoins privilégiés des changements climatiques, permettent aux élèves de recueillir le savoir local et de colliger les transformations notées au fil des ans.

 

Deux équipes complémentaires

Le projet Avativut a été conçu en étroite collaboration avec la professeure Esther Lévesque et la professionnelle de recherche José Gérin-Lajoie de l'Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR), qui étudient les effets des changements climatiques sur la végétation nordique et qui sont déjà bien impliquées auprès des écoles du Nunavik. Ainsi, en plus de l’observation de la glace, le projet inclut un volet où les élèves échantillonnent une parcelle balisée près de leur village, dans la toundra, pour évaluer la productivité des petits fruits, tels le bleuet, la camarine et la canneberge. Ils sont responsables de les identifier, de les compter et de les peser, en même temps qu’ils mesurent la quantité de neige et la température du sol.

 

Les deux groupes de recherche mettent donc à profit leur domaine d'expertise respectif, mais avec « le même intérêt scientifique pour l’environnement nordique et le même plaisir à travailler avec les jeunes Inuits et leurs professeurs », précise Yves Gauthier. Et pour compléter l’expertise de l’équipe, on compte aussi sur la collaboration de Ghislain Samson, professeur en didactique des sciences à l’UQTR.

SALLUIT

Défis nordiques

Au départ, Avativut était un projet-pilote qu’on espérait voir se concrétiser dans deux ou trois villages pour la première année. « Nous devions proposer une formule simple à implanter pour s’assurer d’une collaboration durable chez les enseignants et d’une application des protocoles réalisable avec toutes les cohortes d’étudiants », observe Monique Bernier.  Pari réussi : la commission scolaire Kativik, emballée par cette expérience éducative et scientifique, a décidé de l’ajouter au curriculum Science et technologie de toutes ses écoles à partir de l’automne 2012. Actuellement, l’INRS planche également sur un volet qui permettra aux jeunes d’utiliser les images satellites pour le suivi de la glace. De son côté, l’UQTR planifie un volet pédagogique sur le pergélisol.

 

La réalité des jeunes du Nunavik diffère beaucoup de celle de leurs homologues du Sud. Il arrive souvent que plusieurs jeunes Inuits doivent apprendre les notions enseignées dans leur deuxième ou troisième langue. Les dangers du décrochage et de l’absentéisme les guettent, car une vision claire du fruit de leurs travaux scolaires est parfois trop faible. En stimulant la participation active des jeunes aux études environnementales et particulièrement aux changements climatiques affectant leur milieu, Avativut enrichit également notre savoir collectif sur les fragiles et changeants écosystèmes nordiques. Bref, il fait d’une pierre deux coups. ♦

PUVIRNITUQ

 


 

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Contrat Creative Commons« De jeunes Inuits collaborent au suivi des changements climatiques grâce au projet Avativut : Classe verte dans le nord du Québec » de l'Institut national de la recherche scientifique (INRS) est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité - Pas d’Utilisation Commerciale - Pas de Modification 2.5 Canada. Les autorisations au-delà du champ de cette licence peuvent être obtenues en contactant la rédaction en chef. © Institut national de la recherche scientifique, 2012 / Tous droits réservés / Photos de Monique Bernier et Yves Gauthier © Marc Robitaille Photos des villages du Nunavik © Jimmy Poulin et Clément Clerc, assistants de recherche

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