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Marie-Claude Rousseau et l’asthme infantile

De l'héritage d'Armand Frappier et de millions d'enfants vaccinés
3 mai 2011 // par Matthieu Burgard

La vaccination au Bacille Calmette-Guérin (BCG) a-t-elle une influence sur le développement de l’asthme infantile ? L’épidémiologiste Marie-Claude Rousseau, professeure au Centre INRS–Institut Armand-Frappier, à Laval, tente de faire la part des choses en pilotant la plus vaste étude jamais menée.

 

L’asthme infantile est la maladie chronique la plus commune de l’enfance. Au Canada, elle touche de 10 à 15 % des enfants. Qui plus est, « c’est une maladie qui a des conséquences importantes pour les individus et pour la société sur les plans médical et financier ainsi que par son impact sur la qualité de vie », commente la professeure Marie-Claude Rousseau.

 

Mais en quoi le vaccin Bacille Calmette-Guérin (BCG) et l’asthme sont-ils liés ? Il faut d’abord savoir que l’asthme infantile est causé par une inflammation des voies respiratoires provenant d’une suractivation de la réponse immunitaire humorale, celle régie par les anticorps. Le vaccin BCG, qu’on administre habituellement pour prévenir la tuberculose, active la réponse immunitaire cellulaire, mais inhiberait justement la réponse humorale impliquée dans l’asthme. Toutefois ces processus sont complexes et rien n’est certain.

 

Une vingtaine d’études se sont penchées sur une possible association entre le vaccin BCG et l’asthme infantile et certains résultats semblent contradictoires. Pour comprendre la tendance globale et expliquer certaines de ces différences, l’équipe de Marie-Claude Rousseau a mené une méta-analyse qui a été publiée dans l’International Journal of Epidemiology en 2010. Sa conclusion : sur l’ensemble des études, les gens vaccinés au BCG avaient 14 % moins de risque de souffrir d’asthme durant leur enfance. « Ce n’est pas un effet protecteur énorme, mais cette différence était statistiquement significative », considère la scientifique.

 

L’héritage d’Armand Frappier

Le vaccin BCG est intimement lié à l’histoire de l’Institut Armand-Frappier — rattaché à l’INRS depuis 1999 —, fournissant ainsi un milieu fertile pour les recherches de Marie-Claude Rousseau.

 

Au début des années 1930, le microbiologiste et professeur-chercheur québécois Armand Frappier étudie ce nouveau vaccin en compagnie des docteurs Calmette et Guérin de l’Institut Pasteur à Paris. Il revient au Québec­­ avec la souche du BCG et met en place le système de production et de distribution du vaccin. À la fin des années 1940 débute ainsi un vaste programme de vaccination systématique mais non obligatoire qui concerne principalement les nouveau-nés et les enfants d’âge scolaire de toute la Belle Province : « Déjà, à l’époque, Armand Frappier était sensible à la mission de santé publique, rappelle Marie-Claude Rousseau. Il a vraiment été visionnaire en demandant qu’on tienne un registre de tous ceux qui étaient vaccinés ».

 

Les quatre millions de certificats de vaccination produits entre le milieu du XXe et les années 1990 conservés dans les archives du Centre INRS–Institut Armand-Frappier ont été bien peu utilisés jusqu'à tout récemment. Un héritage riche en possibilités, certes, mais inexploitable à grande échelle dans le cadre de la recherche menée par Marie-Claude Rousseau, car presque tout le registre était sur support papier. Fort heureusement, les certificats de vaccination ont récemment été informatisés pour créer une vaste base de données électronique, et ce, grâce à une subvention de la Fondation canadienne pour l’innovation (FCI). Le registre fournit de l’information sur les personnes vaccinées ou ayant subi une épreuve prévaccinale — dont le but est de savoir si elles sont déjà immunisées —, mais pas sur celles n’ayant pas été vaccinées. Or, pour étudier l’effet d’un vaccin sur l’ensemble de la population, on a besoin d’une cohorte de naissance entière, comprenant les vaccinés et les non-vaccinés.

Population cible

Le choix de Marie-Claude Rousseau s’est porté sur l’année 1974. Au cours de cette dernière année du programme de vaccination, environ 40 % des nouveau-nés sont vaccinés au BCG. On a donc deux vastes groupes, l’un composé de vaccinés et l’autre, de non-vaccinés. Selon la professeure, « cette situation toute particulière fait que la population québécoise se prête très bien à l’étude des conséquences du vaccin BCG à moyen et à long termes ».

 

Pour ce faire, elle a demandé à l’Institut de la statistique du Québec d’identifier les quelque 91 000 personnes nées en 1974, puis d’apparier cette base de données avec celle du registre BCG. Ensuite, ces informations ont été jumelées avec celles des bases de données médicales administratives du Québec afin d’identifier les consultations médicales ou les hospitalisations avec un diagnostic d’asthme sur une période de plus de 10 ans. D’autres informations, par exemple le poids du bébé ou l’âge de la mère à la naissance, peuvent être tirées du registre de naissance : « Ceci nous permet de nous assurer, grâce à nos modèles statistiques, que les vaccinés et les non-vaccinés ne diffèrent pas selon ces facteurs en particulier. »

 

Qui plus est, il manque encore une partie des renseignements pertinents, par exemple les antécédents familiaux d’asthme et d’autres maladies allergiques ou la présence de fumeurs à la maison durant l’enfance. Pour régler ce problème, la chercheure, en partenariat avec l’Institut de la statistique du Québec, réalisera une collecte de données à l’automne 2011 auprès d’un sous-échantillon de 1 600 individus.

 

D’ici un an, Marie-Claude Rousseau et son équipe, Mariam El-Zein (stagiaire postdoctorale) et Florence Conus (agente de recherche), espèrent obtenir les résultats préliminaires. À la clé de ce projet subventionné par le Fonds de la recherche en santé du Québec (FRSQ) et les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC), une meilleure compréhension du développement de l’asthme infantile et, peut-être, des pistes de recherche pour la prévention ou le traitement de cette maladie. ♦

 

 

PHOTO // Marie-Claude Rousseau est photographiée dans la salle d'archives où sont conservés des milliers de certificats de vaccination au BCG.

 


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