Logo INRS
English
  • PlanèteINRS.ca
  • / Programmes d’aide au logement : les personnes avant le bâti
Version imprimable
Logo Planète INRS

Bien-être et santé des familles vivant dans des HLM

Programmes d’aide au logement : les personnes avant le bâti
12 juin 2013 // par Marianne Boire

Plusieurs voix s’élèvent pour revendiquer que les nouveaux quartiers favorisent la mixité en prévoyant des espaces et du financement pour du logement social. Mais quelle forme de logement social faut-il encourager? Des immeubles d’habitations à loyer modique (HLM) ou des allocations de supplément au loyer permettant de louer un appartement privé tout en payant des mensualités semblables à celles d’un HLM? Une recherche réalisée par Xavier Leloup, professeur en sociologie de l’habitat et du logement au Centre Urbanisation Culture Société de l’INRS, apporte des éléments nouveaux à ce débat. Verdict : les allocations de supplément au loyer améliorent davantage, sous certaines conditions, le bien-être et la santé des personnes que les logements de type HLM.

 

L’aide à la pierre (construire de nouveaux HLM) versus l’aide aux personnes (aider financièrement les démunis à payer un loyer) : assez modéré dans la province de Québec, ce débat est beaucoup plus controversé ailleurs au pays ou chez nos voisins américains. À Toronto, par exemple, les autorités ont décidé il y a quelques années de raser complètement l’ensemble de logements sociaux Regent Park – le plus grand et le plus ancien du Canada – et de remplacer ses 2500 appartements à prix modique par 5000 unités résidentielles. Plus de la moitié de ces nouveaux logements prendront la forme de condos privés tandis que d’autres conserveront une vocation sociale. Objectif : favoriser la mixité sociale et éviter la concentration de la pauvreté. Il va sans dire qu’une transformation aussi radicale ne s’entame pas sans controverse; certains voient dans de tels projets immobiliers des opérations de gentrification déguisées en revitalisation.

 

Heureusement, le débat est moins tranché chez nous. « Au Québec, il n’a jamais été question de démolir ou de raser des ensembles de logements sociaux, nuance Xavier Leloup, et plusieurs immeubles HLM ont d’ailleurs été rénovés dans les dernières années grâce à un effort du gouvernement provincial et de l’Office municipal d’habitation. Comme chercheurs, nous étions curieux de vérifier si cette tendance “d’aide aux personnes” plutôt que “d’aide à la pierre” était bénéfique ou non. C’est ce qui nous a amenés à développer un projet de recherche* pour comparer le niveau de bien-être et de santé des personnes vivant dans des HLM à celles bénéficiant du Programme de supplément au loyer (PSL). »

 

Plus de qualité de vie avec le PSL

Dans cette recherche réalisée en collaboration avec le chercheur Paul Morin de l’Université de Sherbrooke et la doctorante Fahimeh Delavar Esfahani de l’INRS, Xavier Leloup a donc comparé une série d’indicateurs, tels le sentiment de sécurité et la qualité du voisinage, relatifs au bien-être et à la santé des familles bénéficiant de logement social. « Nous ne nous sommes pas du tout intéressés aux coûts financiers de ces deux formes de logement social, précise Xavier Leloup. Nous voulions simplement vérifier quelle formule de logement subventionné était la plus bénéfique pour les familles : les logements HLM ou le Programme de supplément au loyer. » Petit détail lexicologique : dans le domaine du logement social, le terme « familles » ne désigne pas seulement des adultes vivant avec des enfants, mais également des personnes seules de moins de 65 ans. Les aînés ainsi que les personnes à besoins spéciaux comme celles qui sont handicapées ne font pas partie des ménages regroupés dans cette catégorie.

 

Après avoir réalisé une enquête par questionnaire auprès de 243 ménages, les chercheurs ont démontré que le niveau de santé et de bien-être des personnes qui bénéficient du Programme de supplément au loyer est supérieur à celles qui vivent dans des HLM : elles éprouvent un plus grand sentiment de sécurité, entretiennent de meilleures relations avec leur voisinage, vivent moins de stress et exercent un meilleur contrôle sur le déroulement de leurs activités quotidiennes. Toutes des caractéristiques qui illustrent une meilleure qualité de vie et qui entraînent des impacts bénéfiques sur la santé des bénéficiaires de ce programme.

 

« Les personnes qui reçoivent le Programme de supplément au loyer habitent généralement dans des unités où elles sont plus susceptibles d’être entourées d’un ensemble varié de ménages, explique Xavier Leloup, ce qui est moins fréquent dans les HLM. Ce voisinage leur est bénéfique, car il semble constituer un milieu de vie plus équilibré, où les conflits sont moins nombreux et le sentiment de sécurité plus élevé. Nos résultats montrent également que les personnes qui bénéficient du PSL ressentent moins de honte et de stigmatisation face à leur lieu de résidence, que les personnes qui vivent dans des HLM. »

 

Pour Xavier Leloup, ces résultats de recherche représentent une intéressante piste de réflexion sur le mode d’allocation du logement social. Et même s’ils ne permettent pas de trancher définitivement la question, ces conclusions suggèrent tout de même que « l’aide aux personnes », sous certaines conditions, pourrait être plus bénéfique pour les bénéficiaires que « l’aide à la pierre ».

Un investissement public rentable

Malgré l’indubitable constat de la pénurie de logements sociaux, considérablement aggravée par les coupures du gouvernement fédéral depuis le milieu des années 1990, Xavier Leloup rappelle que la tradition de logement social est encore bien vivante au Québec : « Après le retrait du fédéral, trois provinces ont repris le flambeau : le Québec, la Colombie-Britannique et l’Ontario. Certaines provinces ont lancé la serviette, parce qu’elles n’avaient pas les moyens financiers ou parce qu’elles n’avaient pas de philosophie de logement social. Mais au Québec, il n’a jamais été question d’abandonner les programmes de logements sociaux. »

 

Il s’agit d’ailleurs d’un investissement qui rapporte gros, ajoute-t-il. Car selon des calculs réalisés il y a quelques années par des chercheurs trifluviens, chaque dollar investi en logement social rapporterait environ 2,25 $ à l’économie québécoise, par l’entremise de l’activité économique générée au sein de l’industrie de la construction et de l’habitat et de diverses retombées locales (emploi, consommation, etc.).

 

D’autres projets de recherche

Outre son intérêt marqué pour le logement social et ses responsabilités liées à son poste de directeur des programmes conjoints INRS/UQAM en études urbaines, Xavier Leloup travaille aussi sur des projets de recherche portant sur la cohabitation interethnique dans les quartiers montréalais et la ségrégation résidentielle. Il surveille également d’un œil attentif les divers projets de développement actuellement en cours à Montréal et s’inquiète des conséquences de la hausse des prix des logements sur le niveau d’endettement des ménages de la métropole. Les efforts de Montréal pour freiner l’exode des familles et favoriser la mixité porteront-ils fruits? Seul l’avenir nous le dira, mais Xavier Leloup sera certainement aux premières loges pour y assister. ♦

 

* Le projet de recherche du professeur Leloup résulte d’une subvention décrochée auprès de la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL) dans le cadre de son concours annuel de subventions de recherche.

 


Vous avez aimé cet article? Partagez-le.

Share

 

 

Contrat Creative Commons« Bien-être et santé des familles vivant dans des HLM : Programmes d'aide au logement : les personnes avant le bâti » de l'Institut national de la recherche scientifique (INRS) est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité - Pas d’Utilisation Commerciale - Pas de Modification 2.5 Canada. Les autorisations au-delà du champ de cette licence peuvent être obtenues en contactant la rédaction en chef. © Institut national de la recherche scientifique, 2013 / Tous droits réservés / Photos © Christian Fleury

Articles récents

Urbanisation Culture Société

Webzine

Mieux répartir les brigadiers pour la sécurité des écoliers ...

Webzine

Une diplômée étudie les territoires de la production de « pot » au Québec ...

Webzine

Un diplômé facilite l'innovation canadienne et son exportation ...

Webzine

Des aménagements urbains adaptés aux piétons âgés… et aux autres! ...

Webzine

Surplus et surqualification des travailleurs canadiens en 2031 ...

Webzine

Cohabitation interethnique dans les quartiers de classe moyenne ...